Pitié pour Paddaghju
Par Norbert Paganelli, jeudi 21 février 2008 à 16:33 :: Tribune libre :: rss
(Crédit: www.prehistoire-corse.org)
Si vous décidez, en quittant Sartène, d’aller visiter le site mégalithique de Paddaghju (orthographié Pallagio), lequel se situe sur la route de Tizzano, à quelques kilomètres à peine du petit port de pêche, vous risquez d’être désagréablement surpris. Ce site, qui figure pourtant dans la plupart des guides touristiques ainsi que sur les dépliants d’information comme étant l’un des plus importants alignements de menhirs d’Europe avec plusieurs centaines de pièces anthropomorphes, est dans un triste état.
Premier constat: l’emplacement est à peine visible de la route et le panneau mentionne bien le nom de « Pallagio » alors que chacun sait, dans le secteur, que sa véritable dénomination est « Paddaghju » (l’endroit où il y a de la paille ). Mais ce n’est là qu’une première surprise car le site proprement dit est à plusieurs centaines de mètres de l’entrée et il faudra faire confiance à vote intuition pour arriver, après un quart d’heure de marche à pieds, à l’endroit tant convoité. En chemin, pratiquement aucune indication, aucun fléchage, même le plus rudimentaire.
Second constat: sur le site proprement dit, aucun panneau explicatif, pas la moindre introduction pédagogique pour expliquer au profane l’importance des lieux… Vous y verrez des menhirs envahis par les ronces, à moitié abattus semblant attendre vainement qu’une bonne âme vienne les redresser afin de leur donner la fière allure qu’ils avaient…au temps d’avant.
On est stupéfait de l’abîme séparant le site de Filitosa, ordonné, agréablement mis en valeur et d’une grande accessibilité tant pédestre que conceptuelle et l’état d’abandon du site de Paddaghju (on pourrait en dire de même du site de Rinaghju situé à quelques encablures).
Alors quoi ? N’existe–t-il pas en Corse une collectivité territoriale qui est en charge la protection et la mise en valeur du patrimoine ? Voudrait-on nous faire croire que ce qui est possible lorsqu’un particulier s’implique comme à Filitosa devient insurmontable lorsque les pouvoirs publics sont dans l’affaire ?Mais enfin, partout ailleurs, en Europe, la moindre parcelle présentant un intérêt historique est agréablement aménagée avec bancs, panneaux descriptifs et fournit l’occasion d’ériger une petite buvette destinée à rendre le parcours culturel agréable et instructif pour enfants et parents… Pourquoi donc ce qui est possible ailleurs n’est pas possible chez nous ? Pourquoi cette négligence que rien ne saurait justifier dans un pays qui se veut fier de sa culture et respectueux des témoignages du passé ?
J’entends bien la réponse : « mais il y a tant et tant à faire que tout ne peut être mis en route en même temps ». Je l’admets. Je constate même que des réalisations dignes d’intérêt, comme par exemple: le Musée de Lévie, sont à mettre à l’actif des autorités. Je sais, par ailleurs, l’extrême lourdeur des procédures et la mesquinerie des budgets mais ceci n’explique pas tout. N’y-a-t-il pas tout simplement un manque de volonté ? En effet, la mise en place d’une programmation pluriannuelle permettrait d’étaler dans le temps les difficultés et de venir à bout de ces véritables friches que sont nos hauts lieux historiques. La confection de panneaux pédagogiques, le recrutement éventuel d’un étudiant durant la période estivale et la restitution de leurs véritables patronymes à ces endroits chargés d’histoire pourraient constituer un début d’action pouvant entraîner l’adhésion unanime des insulaires et de leurs amis de toutes les nationalités qui leur font honneur de leur rendre visite. Une telle démarche n’est pas d’un coût exorbitant !
« Vargogna à tè chi brusgia a tarra » (Honte à toi qui brûle la terre !) peut-on lire sur certaine affiches de protection de la nature. Je ne peux m’empêcher d’écrire : « Vargogna à no chì lachemu cascà in arruinu i stantari » (Honte à nous qui laissons tomber en ruine les menhirs).



Commentaires
1. Le vendredi 22 février 2008 à 17:15, par paul
2. Le lundi 25 février 2008 à 19:49, par norbert paganelli
3. Le jeudi 28 février 2008 à 09:21, par Eric
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